1940-1970

La littérature en fascicules

 

 

 

 

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"Le Manchot" par Pierre Saurel

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De 1944 à 1967, les kiosques à journaux, les étagères des gares et des tabagies sont couverts de ces fascicules d’une quarantaine de pages en moyenne, aux couvertures monochromes munies d’illustrations spectaculaires, d’un goût souvent douteux. On les vend 0.10$ (d’où leur surnom de «romans à dix sous»). Le prix montera à 0.15$ dans les années 60, qui verront la disparition du genre.

La publication est hebdomadaire, chaque semaine voyant la parution d’un nouvel épisode d’une histoire à suivre. Plus de 80 feuilletons seront publiées pendant les 23 ans d’existence de ce médium.

Certaines racontent des «cas vécus» tirés des annales policières mais la plupart sont des œuvres de fiction de tous les types : policiers, science-fiction, western et, bien sûr, espionnage car le genre a commencé durant la deuxième guerre mondiale et, aussitôt, après, c’est la guerre froide et les espions de romans font leur part dans la lutte contre le «danger communiste». (...)

Les auteurs ? Ils écrivent tous sous des pseudonymes, Hercule Valjean, Max Romier, Gilles Brodeur, Marcel Lenoir, etc. Ils étaient sans doute des dizaines mais très peu ont été identifiés formellement.

Le plus connu : Pierre Saurel, auteur du très populaire IXE-13, alias Pierre Daigneault, folkloriste et comédien, surtout connu aujourd’hui pour son rôle du père Ovide dans «Les Belles Histoires des Pays d’En Haut». Il a aussi écrit une bonne partie des aventures du «Domino Noir» et d’autres feuilletons, changeant allègrement de pseudonyme au besoin. On sait qu’Yves Thériault a aussi prêté sa plume à divers pseudonymes.

Ce qui explique que ces histoires étaient mal et rapidement écrites. Mal écrites parce que rapidement: un épisode par semaine de chaque série, chaque auteur écrivant plusieurs épisodes de plusieurs séries, fréquemment sous plusieurs pseudonymes. (Thériault en aurait écrit jusqu’à 12 épisodes par semaine !). Il arrivait qu’un feuilleton soit écrit par plusieurs auteurs se relayant sous le même pseudonyme, sans toujours s’être lus mutuellement, d’où de fréquentes incohérences dans les récits.

hisdorbo.blogspot.ca

 

La plupart des éditeurs de romans en fascicules des années 1940 ne réalisaient au mieux qu'un faible profit, et ils exerçaient souvent leur commerce sous différents noms et à plusieurs endroits. Les activités de ces éditeurs avaient généralement mauvaise réputation. L'adoption de la Loi Fulton, en 1949, a interdit la publication de bandes dessinées, de magazines et de livres illustrant des crimes, des scènes immorales et des histoires à sensation.

Les années qui ont suivi l'adoption de la Loi Fulton ont été difficiles pour les éditeurs de romans en fascicules. Au milieu des années 1950, la plupart des entreprises établies dans les années 1940 avaient cessé leurs activités. Par conséquent, il est fort peu probable que ressurgissent d'autres exemplaires de ces romans aujourd'hui. Comme ces publications étaient produites à bon marché, les lecteurs les conservaient rarement. Une fois jetées, elles étaient perdues à jamais.

http://bit.ly/1NI1ERC

 

"Il est très difficile aujourd'hui de faire le compte précis de toute la production de cette époque. L'absence de dépôt légal obligatoire, les dates de publication inexistantes, plusieurs fascicules devenus introuvables, l'emploi systématique de pseudonymes (parmi lesquels se cachait par exemple Yves Thériault), autant de facteurs qui compliquent sérieusement la recherche. L'aventure des fascicules s'était terminée au début des années 70 et aucune revue policière, aucun fanzine spécialisé n'est apparu par la suite au cours du XXe siècle."

Scènes de crimes: enquêtes sur le roman policier contemporain, par Norbert Spehner.

 

 

    

 

     

 

    

 

    

 

   

 

    

 

    

 

     

 

 

 

 

 

 

 

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